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Abdoul Rachid Sana, architecte burkinabè et lauréat d’un concours de l’Etat marocain : « Je suis beaucoup plus dans la démarche bioclimatique, la valorisation des matériaux locaux, du potentiel local »

SOUSTITRE

jeudi 12 septembre 2019, par Cissé

Abdoul Rachid Sana est le jeune Burkinabè qui a remporté le concours d’architecture pour la construction de l’Ecole nationale d’architecture de Marrakech au Maroc. Sa technique de construction valorise les matériaux locaux tout en prenant en compte les conditions bioclimatiques et les réalités biophysiques. Abdoul Rachid Sana entend se faire une place prépondérante dans le monde architectural. Il s’est confié à lefaso.net, le mercredi 11 septembre 2019.

Lefaso.net : Présentez-vous davantage à nos lecteurs.

Abdoul Rachid Sana : Je suis Sana Abdoul Rachid, je suis de nationalité burkinabè et architecte de profession. Je suis diplômé de l’Ecole nationale d’architecture du Maroc où j’ai fait mes études après avoir obtenu une bourse.

Faites-nous un bref rappel de votre parcours scolaire et académique.

Je ne suis pas de nature à m’étaler sur cela. Il faut dire que je suis passé par de petites écoles avec des résultats relativement excellents. J’ai fait mon école primaire à Tanghin Tambila qui est au quartier Tanghin de la capitale. Pour mes études secondaires, je les ai faites au Collège protestant de Ouagadougou. Si vous vous approchez de l’administration, elle vous dira quels furent mes résultats. Je n’aime pas me vanter, mais ce fut tout de même des résultats assez probants. C’est donc à l’issue de ce parcours que j’ai obtenu une bourse de l’Etat burkinabè jumelée à celle du Royaume chérifien.

Quel type d’accompagnement avez-vous eu de l’Etat burkinabè ?

Disons d’abord que j’ai fait mes études à Rabat. J’ai fait 6 ans d’études à Rabat. J’ai surtout progressé avec des bourses marocaine et burkinabè. Ce sont deux bourses complémentaires. L’Etat burkinabè donne une part et le Maroc une autre part. J’ai pu donc à cet effet rencontrer des architectes d’autres cultures et d’autres visions.

Vous avez remporté le concours d’architecture pour la construction de l’Ecole nationale d’architecture de Marrakech. Quel est la particularité de ce concours ?

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Réalisation de Abdoul Rachid Sana. Plan ayant remporté le concours pour la construction de l’école nationale d’architecture de Marrakech

c’est un concours lancé par l’Etat marocain. J’explique un peu, parce que le milieu architectural est assez particulier. En vue de choisir un architecte pour la réalisation de certains projets étatiques, le gouvernement est obligé de passer par un concours à l’issue duquel il retient ce qu’il estime être la meilleure proposition. De ce fait, pour une école d’architecture qui est un projet assez symbolique, parce qu’en effet c’est un projet sensé véhiculer l’image de l’architecture dans un contexte particulier notamment au Maroc, où nous sommes dans un contexte de mondialisation, un contexte où le défi énergétique se fait sentir, Il y a donc un certain nombre de considérations à prendre en compte dans le processus de conception.

Donc, quand ils ont lancé le concours, et vu que j’ai la chance d’avoir la double culture si je peux l’appeler ainsi, je me suis dit pourquoi ne pas me lancer. Je venais d’ouvrir mon cabinet également, donc il me fallait tenter le coup. Comme le dirait l’autre, « vous ratez 100% des tirs que vous ne tentez pas ». Je suis entré donc en collaboration avec un collègue au Maroc.

A l’issue du concours, notre proposition a reçu le premier 1er prix parce qu’elle tenait compte des réalités bioclimatiques et biophysiques, valorisait les matériaux locaux et les énergies renouvelables, honorait la simplicité ainsi que l’esthétique exigées et tout cela dans les limites du budget alloué par le maitre d’ouvrage. De toute évidence, cela semble avoir séduit le jury.

Après l’Ecole nationale d’architecture de Marrakech, quelles sont les autres perspectives ?

Je vise beaucoup plus l’international. Souvent pour certains projets ici on fait appel à des compétences à l’international comme si, nous, au niveau local on n’a pas de cadres qualifiés pour le faire. Donc c’est la meilleure façon pour moi de prouver le contraire à certaines autorités, en remportant des projets à l’international. C’est la meilleure façon de montrer nos compétences en les prouvant à l’international. C’est en ce moment que certains sauront qu’il y a du potentiel humain local à capitaliser. Je vise toujours le milieu africain, mais avec le temps je compte m’étendre au milieu asiatique. Le milieu européen est très fermé.

En plus de la construction de l’école de Marrakech, quelles autres réalisations avez-vous faites ?

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Abdoul Rachid Sana, architecte burkinabè

Jusqu’à présent je fais des projets privés comme la plupart des architectes d’ailleurs à leur début. Mais la meilleure façon d’impacter la société, c’est de voir beaucoup plus large. Les projets individuels, c’est bien mais ont peu d’impacts sur la société. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis entré en collaboration avec le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat pour développer le projet de logements économiques et sociaux plus ambitieux, faisant la promotion de l’habitat vertical.

Il faut que dans la société burkinabè, on intègre cette idée selon laquelle au-dessus de sa parcelle on a au moins 2 parcelles. Sinon à un moment, on va se retrouver face à un mur au regard de l’expansion non maitrisée de nos villes. J’essaie donc d’apporter ma pierre à la réalisation de ce projet. Outre cela, j’ai d’autres projets individuels au Maroc où j’ai déjà réalisé des projets avec mon doyen Biad El Bachir, notamment l’hôtel Hilton à Agadir qui est en phase de finition.

Au Burkina, je suis beaucoup plus dans les villas. Au Sénégal et au Mali, je suis en collaboration avec des collègues avec qui nous travaillons dans la réalisation des logements sociaux.
Ma conviction est que j’ai été formé avec l’argent du contribuable et donc je me dois de trouver un projet de société qui puisse toucher le plus grand nombre de personnes. Et la meilleure façon de le faire, c’est de promouvoir les logements sociaux.

Avant de participer au concours vous aviez créé votre entreprise. Quelles furent vos motivations ?

Toute modestie mise à part, j’ai toujours eu l’esprit de compétitivité. C’est cet esprit de compétitivité qui m’a toujours amené à vouloir oser, et quand l’occasion s’est fait sentir, je n’ai donc pas hésité. Même étant au Maroc, j’ai participé à un concours au Burkina. Il s’agit du concours d’idée pour la construction du siège de l’Ordre national des architectes.

J’avais très peu de temps pour le faire, mais je me suis dit qu’il fallait le faire, puisque c’était un concours qui était ouvert aux architectes de moins de 5 ans d’expérience, une initiative qu’il me fallait encourager. Lorsque j’ai participé et j’ai fini 3e. C’est dire que je suis vraiment animé par cet esprit de compétitivité. Après l’ouverture de mon cabinet qui s’est fait récemment, le lancement du concours d’architecture de Marrakech se profilait comme une opportunité pour moi de m’affirmer. C’était effectivement une chance puisque j’ai été retenu.

Quels sont les services qu’offre S.A.N.A Architects ?

Je suis beaucoup plus polyvalent. J’ai créé un nom qui va de pair avec mon propre nom de famille. S.A.N.A signifie Sustainable Architecture Network Agency. Littéralement, c’est pour dire une société d’architecture qui fait la promotion de l’architecture bioclimatique. Vous comprenez donc que je suis beaucoup plus dans la démarche bioclimatique, dans la valorisation des matériaux locaux, du potentiel local parce que je suis radicalement contre le fait qu’on essaie de voir chez les autres l’idéal alors que nous avons chez nous un potentiel à valoriser. J’aime le dire, le devenir du monde c’est en Afrique. Il est temps donc que nous montrions qu’avec nos matériaux, on a beaucoup de choses à montrer aux autres.

Par ailleurs, je fais des prestations de service auprès de certains particuliers, je fais aussi du consulting puisque j’accompagne certains cabinets également dans la réalisation de leurs projets. En plus de tout cela, je fais des montages vidéo, bref disons que dans tout ce qui est graphique je m’y retrouve. En fait, je fais non seulement l’architecture extérieure mais également la décoration intérieure. Vous comprendrez donc que l’immobilier, c’est ma passion. Dans ce cadre d’ailleurs, j’ai été lauréat de Burkina Start Up.

C’est une initiative lancée par le gouvernement burkinabè pour encourager les initiatives privées et les jeunes porteurs de projets. Dans ce cadre, avec des partenaires, nous avons fait la proposition de nouveaux modèles de logements économiques et sociaux, tenant beaucoup plus compte de nos réalités locales sur le plan climatique, énergétique et surtout le volet budgétaire de nos concitoyens .

Des difficultés, vous en avez sans doute connues. Lesquelles par exemple ?

Des difficultés logiquement il y en a eues, et je dirai qu’il continue d’y en avoir surtout que mon entreprise est encore jeune. J’ai commencé au début auprès d’un architecte de qui j’ai beaucoup appris.

C’est plus tard que j’ai senti la nécessité de me lancer moi-même. Quand on est une jeune entreprise, il y a des hauts et des bas. Heureusement, on a eu des prédécesseurs qui nous ont montré la voie et nous ont accompagné, et je les remercie au passage. Il s’agit notamment d’architectes burkinabè comme Fabien Ouédraogo, Thierry Couboura, Thierry Compaoré et bien d’autres. Ce sont des doyens qui ont su se montrer présents de façon multiforme pour nous accompagner ; ils voyaient en nous l’envie et l’abnégation au travail.

Vous privilégiez les matériaux locaux ainsi que la promotion de l’architecture bioclimatique. Pouvez-vous nous expliquer davantage les particularités liées à ce concept ?

Les matériaux locaux, on les connait déjà. Ici on a les briques latéritiques taillées qu’on voit dans la zone de Dédougou, Boromo. On a aussi des matériaux qui sont développés sur place et qu’on peut utiliser. Il y a même un concept de construction qui vient d’être développé par un architecte malien qui s’appelle la « Brique H » et dont je fais la promotion. C’est une technique qui manie non seulement les matériaux modernes (le ciment par exemple), mais aussi des matériaux traditionnels (la terre naturelle).

Cela rend le bâtiment donc solide avec des propriétés particulières. C’est un peu comme nos cases de grand-mère au village. Lorsqu’il fait chaud dehors, il fait frais à l’intérieur, et lorsqu’il fait froid à l’extérieur il fait chaud à l’intérieur. Ce qui a un avantage particulier de limiter très considérablement la consommation énergétique due à l’utilisation de brasseurs et de climatiseurs. Ce sont les idées qu’on essaie de promouvoir. Cela peut en effet être une des solutions énergétiques pour le pays. C’est la somme de toutes ces démarches qu’on appelle l’architecture bioclimatique. Il ne faut donc pas concevoir des bâtiments pour les concevoir, mais plutôt des bâtiments agréables à la vie et économiques à long terme.

Face à la concurrence et avec votre jeunesse, comment parvenez-vous à vous faire une place dans le milieu des architectes ?

Je n’appellerai pas cela la concurrence parce que cela ressemblerait à la jungle, même si c’est souvent le cas. Je pense qu’il faut savoir se faire humble, approcher les autres et savoir qu’on a des choses à améliorer. De toutes les façons, les gens sont complémentaires. J’ai même envie de dire que je suis le fruit de la somme des qualités de plusieurs personnes que j’ai côtoyées. Vous comprenez donc qu’on essaie de se compléter en vue d’aller de l’avant. La concurrence est présente, mais à partir du moment où tu travailles à être compétent, tu pourras avoir ta part du gâteau. C’est un peu cela.

Quels conseils avez-vous à donner à d’autres jeunes qui veulent emboîter vos pas ?

Je suis encore une très jeune entreprise, je ne peux donc pas dire que j’ai beaucoup d’expérience à partager aux gens. Mais je me dis que si au bout d’une carrière de lancement on arrive à se faire une place, c’est que c’est une voie que tous nous pouvons emprunter. Mon bilan est mitigé. J’ai eu des hauts et des bas. Ma force qui s’avère souvent être ma faiblesse est que je vise le plus souvent l’international. Lorsque cela marche, c’est un gros coût et si ça ne marche pas c’est aussi une énorme perte.

Mais c’est un choix que j’assume. On essaie donc de composer avec cela, faire des investissements calculés, intelligents pour arriver à s’en sortir. Pour une jeune entreprise comme la mienne, on s’en sort avec la construction de villas, de logements sociaux et parfois quelques concours pour se faire une certaine renommée. Si j’ai un appel à lancer à l’endroit de la jeunesse, comme moi, c’est de foncer. Pas tête baissée, mais en prenant des risques calculés.
Comme le dirait l’autre, ce n’est pas toujours une question de génie, c’est une question de volonté et la bonne nouvelle c’est que tout le monde peut avoir de la volonté.

A combien estime-t-on le chiffre d’affaires de S.A.N.A Architects ?

(Rires) Ce n’est pas grand-chose, mais je préfère garder cela pour moi.

Aujourd’hui beaucoup de jeunes comme vous se ruent vers la Fonction publique. Quelle lecture faites-vous de cela ?

Je dirai qu’à chacun ses réalités personnelles. On ne peut pas prendre les réalités d’un tel et le calquer sur un autre. C’est comme condamner une personne avant de l’avoir entendu. Personnellement, je pense que s’il faut passer par-là c’est aussi une option. C’est un choix et la vie est ainsi faite. Mais il faut prendre la Fonction publique comme une zone de transition. Quand on est issu d’une famille à revenus modérés, on ne peut pas se permettre certains investissements.

Par contre on peut passer par là pour apporter sa contribution et aussi équilibrer la situation de sa famille. Plus tard, on peut se faire des ressources sur lesquelles s’appuyer pour investir. Aussi, il faut que ceux qui veulent se lancer à leur compte n’hésitent pas, parce que les obstacles sont bien souvent plus psychiques que physiques. Mais ceux qui sont dans des difficultés, ils peuvent néanmoins recourir à la Fonction publique comme une phase de transition. C’est mon point de vue et cela n’engage que moi.
Après tout, être adulte, c’est savoir faire des choix et surtout savoir les assumer

Comment Sana Abdoul Rachid se voit dans 10 ans ?

Comment je me vois dans 10 ans ? Je me vois comme responsable de plusieurs sociétés qui font bouger l’Afrique et le monde. J’ai eu la chance de beaucoup voyager et je suis convaincu comme certains que l’avenir du monde se jouera en Afrique. Il ne faut donc pas qu’on se fasse avoir une fois de plus. J’aime dire que nous avons raté la révolution industrielle, et nous n’aurons pas d’excuse si nous ratons une fois de plus la révolution technologique qui est déjà en cours. Je ne suis pas prophète mais mon souhait, c’est d’être dans 10 ans, responsable d’une multinationale basée en Afrique.

Je profite pour lancer un appel aux autorités afin qu’elles appuient la jeunesse. Elle a un potentiel énorme.

Entretien réalisé par Wendbénédo Jean Judicaël Doulkom (Stagiaire)
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